Le lundi 1 3 novembre, nous sommes intervenues au Forum Santé et Citoyenneté organisé par le CIJ d’Angoulême.

La soirée était ouverte aux acteurs jeunesse et santé et s’intitulait : « Jeunes et numérique : bons ou mauvais usages ? Quels acteurs et outils sur le territoire ? ».

Un premier temps se déroulait autour de mini-procès :

  1. « Les jeunes passent trop de temps devant les écrans »
  2. « Les réseaux sociaux sont un danger pour les jeunes »
  3. « Internet permet de construire sa sexualité »
  4. « Sur internet, je fais ce que je veux ».

Pour chaque procès, le pour et le contre étaient proposés au public, qui devait ensuite voter en donnant sa réponse grâce à un FlashCode. Intervenaient ensuite, les grands témoins qui apportaient leurs observations sur le terrain. Nous faisions partie de ces grands témoins, tout comme le Planning familial, le centre de plannification et d’éducation familial, la Police Nationale, les promeneurs du Net, etc. Nous sommes intervenues sur le premier procès.

Un second temps consistait à rencontrer le public. Chaque association était installée à une table et le public pouvait aller rencontrer chaque association, chaque professionnel présents.

Nous vous livrons ici, le discours que nous avons tenu au cours du procès :

« Depuis quelques années, l’usage intensif des écrans est devenu un enjeu de prévention dans notre profession. Il y a quelques semaines, un collectif s’est créé, il réunit neuropédiatres, médecins, orthophonistes, psychologues, pédopsychiatres, enseignants et il vise à alerter sur les dangers qu’entraîne une surexposition aux écrans.

Qu’observons- nous dans nos cabinets ?

Si nous sommes là pour parler des jeunes : adolescents, jeunes adultes, il nous semble important de vous rapporter ce que nous observons tout d’abord chez les jeunes enfants.

De plus en plus d’enfants nous sont amenés très tôt pour une absence de langage et des troubles de la communication.  Après discussion avec les parents, il s’avère  très souvent que ces enfants passent de nombreuses heures devant les écrans (le matin avant l’école, durant les trajets, après l’école, jusqu’au coucher). Chez ses enfants, une baisse drastique de l’exposition aux écrans diminue fortement les troubles, voire même les fait disparaître. (Ex : il y a quelques temps, j’ai suivi un enfant pour un retard de langage oral et de parole, après une semaine de vacances, je constate de gros progrès, la maman m’expliquera qu’ils viennent de partir une semaine en camping et qu’ils n’ont volontairement pris aucun écran)

D’autres enfants, un peu plus âgés nous sont adressés pour des difficultés de langage oral : leur langage est plaqué, inadapté.  Il n’est pas utilisé à bon escient et leur compréhension est mauvaise. Leurs parents se plaignent qu’ils n’écoutent pas et qu’ils ne s’intéressent qu’aux écrans.

Enfin, chez les plus âgés, ceux qui nous concernent aujourd’hui, nous observons des troubles importants de la compréhension écrite, des troubles du raisonnement logico-mathématique, des difficultés de concentration et un langage pauvre. Bien souvent cela entraîne d’importantes difficultés scolaires.

Les enfants dont nous venons de vous parler ne sont ni autistes, ni déficients auditif/visuel ou autre, ni dyslexiques/dys etc. Ce sont de nouveaux patients. De plus en plus d’études font le lien objectif entre ces troubles et l’usage intensif des écrans.

 

Dans nos cabinets, nous voyons de plus en plus d’enfants qui n’ont pas eu l’occasion d’expérimenter comme il se doit le monde réel qui les entoure :

-parce qu’ils n’ont pas pris le temps de faire des activités extérieures comme sortir, aller se promener, visiter, découvrir…

-parce qu’ils n’ont pas pris el temps de construire des cabanes (avec des coussins, des branches, etc.)

-parce qu’ils n’ont pas pris le temps de faire des dessins, de la peinture, jouer avec de la pâte à modeler, avec des légos, etc.

Dans nos cabinets, nous voyons de plus en plus d’enfants qui n’ont pas développé leurs aptitudes sociales, leur empathie et leur estime de soi :

-parce qu’ils n’ont pas pris le temps de construire de réels échanges avec de la communication verbale et extra-verbale,

-parce qu’ils n’ont pas pris le temps de jouer ensemble (jeux libres, jeux de sociétés, playmobils, etc.)

-parce qu’ils n’ont pas pris le temps de lire (lire pour éprouver des émotions)

-parce qu’ils n’ont pas pris le temps de faire du sport, jouer un match ou aller encourager un copain.

D’ailleurs, ils se connaissent peu. Le voisin est devenu un inconnu et le youtubeur parisien est devenu « un ami ».

Nous ajouterons aussi qu’ils n’ont pas pris le temps de s’ennuyer ! Pourtant c’est quand on commence à s’ennuyer que l’on se met à réfléchir… »

 

Laure et Odile

 

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